Les Apsaras ou danseuses célestes ont la charge de divertir les Dieux. Les sculpteurs khmers du passé reproduisent à l'infini leur grâce et leur beauté sur les murs des temples d'Angkor.
Aujourd'hui, la reine des Apsaras accompagnée de ses suivantes est descendue du paradis d'Indra et exécute une danse pure pour le seul plaisir des yeux des humains. Ceci explique le strict classicisme de ce ballet.
Ream Eyso et Moni Mekhala
Moni Mékhala, Déesse des Eaux, s'ennuie. Elle se pare pour aller se divertir avec Vorachhun, Roi des Dieux célestes, et quelques une de ses compagnes. Sa boule de cristal magique en main elle quitte son palais.
Sur sa route, elle rencontre Ream Eyso, Génie de l'Orage, qui depuis toujours veut s'approprier la boule de crystal de la déesse. Aux supplications Moni Mékhala répond par la moquerie.
Ream Eyso se fâche et menace la déesse de sa hache magique, mais d'un éclair de sa boule de crystal Moni Mékhala aveugle son adversaire.
Selon une légende populaire, l'orage que connaissent les humains n'est autre que le combat céleste entre Ream Eyso et Moni Mékhala. L'éclair est le scintillement de la boule de cristal magique de la déesse et le tonnerre le bruit de la hache brandie par le génie en fureur.
Le Ramayana
La geste de Râma est incontestablement le poème épique le plus populaire au Cambodge. Dans les premiers siècles de l'ère chrétienne des voyageurs Indiens le firent connaître aux Khmers qui en conservèrent la trame sur laquelle ils recréèrent une oeuvre profondément originale.
Le Ballet Royal présente trois extraits de cette oeuvre classique.
Dans la forêt de Dandaka
Le roi Râma, son épouse Sitâ et son frère préféré Laksmana se promènent dans la forêt où volontairement ils se sont exilés. Râma et Laksmana cueillent des fruits et des fleurs qu'ils offrent à la douce et belle Sitâ.
Fatigués, tous trois se reposent sous un arbre lorsque surgit Râvana, roi des géants (Yeak) et maître de Lankâ, pays fabuleux au-delà des mers. Son premier regard sur Sitâ endormie fait naître en lui un ardent amour.
Mais Râvana ne pourra approcher la princesse sans avoir recours à ses artifices magiques. Il se transforme d'abord en un gracieux cerf d'or que Sitâ supplie son époux de lui capturer. Tout en se jouant des ruses du chasseur l'animal entraîne Rama toujours plus loin dans la forêt. Inquiète, Sitâ envoie Laksmana à sa recherche.
La belle princesse est seule quand survient un vénérable ermite qui n'est autre que Râvana sous une nouvelle forme. Profitant de la confiance que lui témoigne la princesse il tente de la convaincre qu'elle est l'épouse désignée du roi des géants. Indignée, Sitâ l'injurie et le frappe. Râvana furieux reprend sa forme première et l'enlève dans son char volant.
Râma et son frère constatent la disparition de Sitâ et son accablés de douleur. Mais Laksmana suggère de s'adresser aux Dieux pour obtenir l'aide de Hanuman, le grand singe blanc, pour retrouver la princesse et lui remettre une bague en signe d'espérance.
Dans le palais de Râvana
Dans sa forteresse de Lankâ, Râvana tente sans succès de séduire la vertueuse Sitâ. Puis il recourt à la force pour approcher l'indifférente. Mais du corps de la belle protégée des Dieux émane une chaleur intense qui repousse le géant. Emporté par la rage il délègue alors deux démons femelles (Yeak Khéney) pour punir la princesse. En cet instant précis intervient Hanuman qui remet à Sitâ la bague de Râma et malmène quelque peu ces démons.
Râvana apprend l'imminence d'un assaut de son palais et lève une grande armée pour marcher à la rencontre de Râma.
Le grand combat
Râma et l'immense armée des singes franchit la mer et prend pied sur l'île de Lankâ.
Une bataille gigantesque s'ensuit et s'achève par un duel terrible entre Râvana et Râma qui triomphe grâce à une arme magique façonnée par les Dieux.
Râma et Sitâ se retrouvent avec une émotion intense.
Le corps de ballet royal
Le plus ancien texte khmer mentionnant des danseuses est, semble-t-il, une inscription du VIe ou VIIe siècle. A l'apogée d'Angkor, au XIIe siècle, elles seront des milliers attachées aux grands temples et au palais du roi.
A partir du XVe siècle les invasions siamoises puis vietnamiennes, l'abandon d'Angkor, l'appauvrissement du royaume, amenèrent la disparition des danseuses sacrées. Cependant durant toute la période la plus sombre de l'histoire du Cambodge une petite troupe de danseuses de cour réussit à maintenir et à sauver l'essentiel de la grande tradition chorégrahique khmère.
Avec l'avènement de Ang Duong (1796-1859), souverain éclairé, poète et protecteur des arts, la danse classique reprendra une place de premier plan dans les fêtes royales. Le corps de ballet comprendra environ 500 danseurs et danseuses au terme de son règne. Mais au début du siècle la troupe royale sera fort amenuisée.
En 1906, le roi Sisowath parvient à réunir une cinquante de danseuses qui l'accompagnent dans sa visite en France. Leur succès sera extraordinaire. Lors de la "première" au théâtre de verdure du Pré-Catelan le public qui n'a pu trouver place provoque un début d'émeute et oblige les danseuses royales à donner le soir même une nouvelle représentation. Les journaux de l'époque rapportèrent ainsi cet événement : "Quinze cents personnes purent enfin, en vêtements lamentables, décoiffées, à minuit, jouir à leur tour de ce spectacle qui mettait Paris en ébullition"...
A partir de 1910 le corps de ballet royal connaît une nouvelle période de déclin et s'achemine vers l'oubli et la disparition. Fort heureusement il devait être sauvé par la princesse Kossamak (actuellement Sa Majesté la Reine) qui après 35 années d'efforts lui a rendu tout son éclat.
Actuellement [1960-68] le Corps de Ballet Royal se compose de :
- une danseuse-étoile (S.A.R. la princesse Buppha Devi)
- cinq premières danseuses
- vingt-cinq ballerines
- cent soixante élèves
- vingt-quatre musiciens
- dix choristes
- dix-neuf maîtresses de danse
