Le système éducatif cambodgien a évolué au rythme des changements politiques et socio-économiques.
Avant 1975, le Cambodge a calqué son système sur celui de la France tant pour l'organisation scolaire qu'universitaire.
Après le régime des Khmers Rouges en 1979, le Ministère de l'Éducation a dû faire face à des besoins urgents. En effet, dans un pays où 43% de la population a moins de 15 ans (par rapport à une population totale de 13 091 000 habitants d'après le recensement de 2004) et où le taux d'alphabétisation de 73 % pour les 15 ans et plus, il s'agit d'accueillir, chaque année, les nouveaux entrants tant dans le primaire, le secondaire qu'à l'université malgré des moyens matériels, humains et financiers limités.
Aussi le Ministère de l'Éducation a remis en place un système éducatif de 10 ans « 4+3+3 », pour le primaire et le secondaire ; puis un système de 11 ans « 5+3+3 » qui a connu successivement des améliorations.
À partir de 1996, un système éducatif structuré en 6 années pour l'enseignement primaire, 3 années pour le 1er cycle du secondaire et 3 années pour le 2nd cycle du secondaire a été adopté. Dans ces trois cycles la langue d'enseignement est la langue khmère, langue nationale et officielle.
En 2003, le Cambodge a adopté un plan « d'Éducation pour tous », qui vise à scolariser 100% d'une classe d'age dans le cycle primaine en 2015. A plus court terme, le Gouvernement a adopté un « Plan stratégique pour l'éducation ». Mis en œuvre par le Ministère de l'Éducation et avec l'aide des donateurs ONG et institutionnels réunis dans une instance de concertation, ce Plan couvre la période 2006-2010.
Chaque année, les bacheliers ont le choix entre 25 établissements d'enseignement supérieur publics et 61 établissements d'enseignement supérieur privés. Leur nombre est en progression constante depuis 2002.
Les bacheliers sortants ont le choix entre des établissements privés et des établissements publics, et trois types d'institutions (Académie Royale, Instituts et Universités).
La plupart de ces établissements sont situés à Phnom Penh, la capitale. Les objectifs du Ministère sont de passer à 100 000 étudiants dans le supérieur pour 2010, dont 60% dans le privé. L'offre du système privé croit très rapidement, mais sa qualité reste très variable.
Pour les années à venir, la vision politique et éducative du Ministère de l'Éducation, de la Jeunesse et des Sports, est surtout de renforcer la qualité du système actuel pour assurer l'accès à l'éducation de tous les enfants d'âge scolaire, en respectant le Chapitre 6 Article 67 de la Constitution Nationale, lequel prévoit au choix, l'enseignement de deux langues étrangères au choix, l'anglais ou le français.
Une autre vision est de considérer le secteur privé comme partenaire en faveur du développement de la formation des ressources humaines dans le nouveau contexte de la régionalisation et de la mondialisation.
Depuis 2004, le budget national alloué à l'éducation est en croissance constante.
II. Organisation des études et enseignements dispensés
Face à la forte poussée des établissements d'enseignement supérieur privés, et sur invitation de la Banque mondiale, un comité d'accréditation du Cambodge - CAC - a été mis en place en juin 2003 par le gouvernement. Cependant, le Comité manque de ressources humaines pour enquêter dans les universités et a uniquement un pouvoir de recommandations auprès du gouvernement.
L'offre de formation dans les universités publiques cambodgiennes est variée. Il existe l'Université Royale de Phnom Penh (généraliste), l'Université Royale de Droit et de Sciences Économiques, l'Université Royale des Sciences de la Santé, l'Université Royale d'Agriculture, l'Université Royale des Beaux Arts, l'Institut de Technologie du Cambodge (formation d'ingénieurs et de techniciens supérieurs), l'Institut National de l'Éducation. S'ajoutent des écoles spécialiséescomme l'École Royale d'Administration, l'École Royale de la Magistrature.
Les premières Universités privées cambodgiennes sont apparues en 1993. À partir de 2000, ce secteur a connu une forte croissance. Ces établissements mettent l'accent sur l'enseignement de l'anglais. Ils proposent essentiellement des formations en commerce, management, gestion, finance bancaire, comptabilité et informatique. Depuis peu ils diversifient leurs offres et proposent des formations en santé, droit, tourisme, génie civil et développement rural.
III. Principaux atouts de l'enseignement supérieur cambodgien
Si avant 1999 il était difficile d'ouvrir une université privée au Cambodge, depuis cette date, le gouvernement facilite, voire soutient ces initiatives privées, car le nombre de bacheliers augmente sans cesse. Il dépasse aujourd'hui les 50 000 et devrait croître régulièrement à l'avenir. Or l'ensemble des universités publiques ne peut accueillir que 30 000 étudiants alors que les universités privées peuvent en accueillir plus de 100 000.
De plus, le gouvernement cambodgien n'a pas les moyens de financer la construction et le fonctionnement de nouveaux établissements supérieurs.
Enfin, les universités privées, par la simple offre de formations concurrentes, ont pour effet d'obliger les universités publiques à améliorer la qualité de leurs formations. Ces Universités privées ont aussi pour avantage de considérer les étudiants comme des demandeurs de services, à qui il faut offrir le meilleur des enseignements, des ouvrages, matériels pédagogiques et infrastructures.
IV. Coopérations existantes avec les établissements d'enseignement supérieur français
Au sortir de la période khmère rouge, la plus grande partie des élites cambodgiennes avait disparu. Les structures de l'État étaient également à reconstruire. La France a fait de la reconstitution des structures de l'État et des élites intellectuelles cambodgiennes une de ses priorités pour la coopération. Elle apporte un appui particulier au système judiciaire et à la fonction publique.
À l'École Royale de Magistrature, la coopération française vise la formation de formateurs, d'enseignants vacataires, d'élèves magistrats, et la formation continue de magistrats en exercice.
É l'École Royale d'Administration, l'action du Service de Coopération a pour objet le renforcement de la direction administrative et pédagogique de l'École.
Il existe par ailleurs des filières francophones d'excellence académique à :
- l'Université Royale de Droit et de Sciences Économiques (U.R.D.S.E) : gestion, management, droit français et cambodgien, droit international des affaires,
- l'Institut de Technologie du Cambodge (I.T.C) : entièrement francophone pour la filière des ingénieurs, et franco-khmère pour la filière des techniciens supérieurs,
- l'Université des Sciences de la Santé (U.S.S) : facultés de médecine, pharmacie et odontostomatologie,
- l'Université Royale d'Agriculture (URA) : filières « agronomie » et « sciences vétérinaires ».
À l'Université Royale de Phnom Penh (U.R.P.P) le Département des Études Francophones (DÉF) dispense des formations en tourisme, traduction, professorat. En 2005, les options de journalisme et linguistique ont rejoint leurs départements respectifs à l'U.R.P.P., à savoir l'Institut de Communication du Cambodge et le Département de Linguistique Sciences du Langage -D.S.L.-.
Concernant le programme des bourses du gouvernement français tel qu'il est appliqué au Cambodge, à chaque rentrée universitaire, plus de 100 Cambodgiens, issus des universités de leur pays, sont aidés afin de poursuivre leurs études au sein du système d'enseignement supérieur français. Les principaux domaines sont, de manière croissante, la médecine, le droit, l'économie, les sciences de l'ingénieur, l'urbanisme et l'architecture, le français, les lettres ainsi que les arts.
Pour appuyer la coopération universitaire, l'Ambassade de France attribue directement des bourses d'études aux niveaux Master et Doctorat. En 2007, plus de 600 000 euros seront attribués en bourses, ce qui place la France parmi les premiers prestataires contributeurs en la matière. S'y ajoutent les bourses de l'Agence universitaire de la Francophonie, de la Région Bretagne, de la Région Rhône Alpes, du programme d'excellence Eiffel et du système FFI (Faisant fonction d'Interne) destiné aux médecins - chaque année, une cinquantaine de Cambodgiens peuvent ainsi exercer dans un hôpital français.
Ce programme des bourses est appelé à être poursuivi au niveau actuel dans les années à venir.
V. Orientations à donner à de nouvelles actions de coopération
La coopération française dans l'enseignement supérieur cambodgien est désormais orientée vers un accompagnement de long terme des universités cambodgiennes partenaires. Elle vise aussi une plus grande réactivité et adaptation des universités cambodgiennes partenaires au marché de l'emploi du pays.
Concernant le secteur privé, sur les 61 établissements d'enseignement supérieur privés, moins d'une dizaine dispensent des formations d'un niveau académique correct. Au premier trimestre 2006, le Service de Coopération et d'Action culturelle de l'Ambassade de France au Cambodge et l'Agence universitaire de la Francophonie ont mené une étude sur ce secteur. Des négociations sont en cours avec cinq de ces établissements en vue d'établir une coopération linguistique francophone. Il s'agirait de mettre en œuvre un programme d'expérimentation de cours de français comme deuxième langue vivante -LV2- ou des cours de français spécialisé.
VI. Principales coopérations universitaires du Cambodge avec des établissements d'enseignement supérieur étrangers
L'Institut technologique du Cambodge développe des coopérations avec les établissements étrangers suivants :
- Accord de coopération avec la Belgique via le programme CUI (Coopération Universitaire Institutionnelle) géré par la CUD (Coopération Universitaire pour le Développement, commission regroupant les 9 universités belges francophones)
- Accord avec le réseau AUN/SEED-Net (ASEAN Network University, Southeast Asia Engineering Education Development Network) soutenu entre autre par JICA (Japon).
L'Université de Droit et de Sciences Économiques du Cambodge (URDSE) entretient aussi des coopérations avancées avec les Universités de Nagoya et de Waseda (Japon), du Michigan (USA), ainsi que l'Institut universitaire d'études du Dévelopement en Suisse (IUED) et l'« Asian Institute of Technology » de Thaïlande.
Aux côtés de la France, qui en est un acteur majeur, d'autres pays, comme le Japon (JICA), les Etats-Unis (USAID), la Grande Bretagne (DFID) et la Suède (à travers le programme Child Friendly School mis en œuvre par l'UNICEF) entretiennent des projets de coopération universitaire avec le Cambodge et ses principaux établissements supérieurs.


